Abstract :
[fr] Soutenir le développement professionnel des enseignants universitaires est crucial pour favoriser un enseignement de qualité. Le développement professionnel des enseignants est un processus continu, construit à travers l’expérience tout au long de la carrière (Clot, 2007). L’enseignement étant une profession en constante mutation, soumise à des exigences croissantes et à de nouvelles politiques, les enseignants doivent sans cesse actualiser leurs compétences et adapter leurs pratiques (Colognesi et al., 2018). Par ailleurs, les technologies numériques et, aujourd’hui, l’IA, ouvrent les perspectives, mais multiplient aussi les défis rencontrés par les enseignants (Pelissier, 2020).
Soutenir les enseignants dans leur développement professionnel est au cœur des préoccupations du vice-rectorat des affaires académiques et étudiantes de l’Université du Luxembourg.
Ainsi, cette recherche commanditée contribue à une meilleure compréhension des défis auxquels sont confrontés les enseignants universitaires dans leurs pratiques d’enseignement. Elle vise à identifier les besoins des enseignants en matière d’accompagnement technologique et pédagogique, dans un contexte notamment marqué par l’avènement des outils d’intelligence artificielle générative (IAgen).
Cette étude poursuit plusieurs objectifs :
1. Présenter l’existant en termes de pratiques pédagogiques, d’évaluation, et d’utilisation des outils numériques ;
2. Identifier les défis rencontrés par les enseignants dans leurs pratiques notamment en ce qui concerne l’usage des technologies et ;
3. Proposer des pistes pour l’amélioration de l’accompagnement institutionnel.
Méthodes
Un questionnaire reprenant des items ouverts et fermés a été établi et disséminé en janvier 2025 à toutes les personnes potentiellement enseignantes de l’université du Luxembourg, via les canaux habituels de communications. L’échantillon comprend 193 participants : 45% professeurs, 19% chercheurs permanents, 14% chercheurs post-doctorants, 11% doctorants, 8% vacataires et personnel administratif.
Le questionnaire comprend trois volets :
- Pratiques actuelles d’enseignement, d’évaluation et utilisation des outils numériques
- Défis rencontrés dans les enseignements et les pratiques d’évaluation
- Besoins en termes de soutien et de formation
Une analyse descriptive a été réalisée pour les questions fermées. Une analyse thématique a été menée pour les deux premières questions ouvertes. Une analyse de contenu a été menée pour la 3e question.
Résultats
Pratiques actuelles d’enseignement, d’évaluation et utilisation des outils numériques
Les données révèlent que les cours magistraux dominent (83%), suivis par les travaux de groupe (55%). D’autres approches actives comme les travaux pratiques, la résolution de problèmes, les ateliers et l’apprentissage par projets tournent autour de 37 à 40%. Les études de cas et l’apprentissage par problèmes sont moins fréquents (28-30%). Certaines méthodes (hybride, tutorat, simulations) sont utilisées par moins de 25% des participants.
L’évaluation repose surtout sur des examens écrits en présentiel (69%) et des travaux écrits (64%). Les présentations de groupe (56%) et présentations orales (50%) sont aussi courantes. Les examens oraux sont moins fréquents (27%).
Moodle est l’outil principal des enseignants (95%). Les vidéos, podcasts et autres médias sont utilisés par un peu plus de la moitié des participants (54%). Les documents collaboratifs (35%) et les outils de sondage (26%) sont moins présents. Les chatbots d’IA restent marginaux (17%).
Défis rencontrés dans les enseignements
Les résultats à la question à choix multiple montrent que parmi les défis rencontrés, 59% des participants ont sélectionnés l’engagement des étudiants comme principal sujet. La planification des cours suit avec 33%. Les enjeux liés à l’IA sont cités par 30%, et 20% mentionnent l’intégration des technologies dans leurs enseignements. Les résultats de l’analyse thématique sur les réponses à la question ouverte illustrent ces résultats et mettent en évidence des problématiques non-anticipées par la question à choix multiples, telles que la gestion du temps.
Défis rencontrés dans l’évaluation
Pour la question à choix multiples, 51% des enseignants identifient la triche et le plagiat comme le principal défi en matière d'évaluation. L’équité arrive en deuxième position (33%), suivie par la conception des évaluations (28%) et la transmission de feedbacks aux étudiants (26%). Les résultats de l’analyse thématique sur les réponses à la question ouverte révèlent des problématiques non-anticipées : charge de travail et gestion du temps, et standardisation et normes.
Besoins en termes de soutien et de formation
La moitié des répondants indiquent un besoin en ce qui concerne l’IA (53%). Dans la question ouverte, ils précisent : ses utilisations possibles dans les enseignements, comment prévenir et détecter la triche, le plagiat et les mauvaises utilisations de l’IA. Un enseignant souhaite ouvrir la discussion à propos d’une utilisation éthique de l’IA avec ses étudiants.
En ce qui concerne la pédagogie, les enseignants sont demandeurs (41%), d’abord d’une formation basique, et aussi de formations plus spécifiques : méthodes innovantes, case-based teaching, problem-based learning, soutien de l’esprit critique…
40% des enseignants indiquent un besoin de formation en termes outils numériques : quels outils sont disponibles à l’université et comment les utiliser au mieux, comment faire collaborer les étudiants avec le numérique, comment rendre les cours interactifs avec le numérique et l’enseignement multimodal.
Plus d’un tiers des enseignants souhaitent apprendre comment soutenir l’engagement et la motivation (35%).
L’évaluation préoccupe les enseignants (31%) ; ils précisent : comment détecter et diminuer la triche, comment évaluer selon les objectifs d’apprentissage, comment concevoir des QCM, les différents types d’évaluation, évaluer de manière juste.
La question des pratiques pédagogiques inclusives (23%) est également soulevée : comment travailler avec les étudiants ayant des besoins spécifiques, ou provenant de différentes cultures.
Par ailleurs, les enseignants suggèrent la mise en place de groupes de travail et d’un mentorat pour les enseignants novices.
Conclusions
Les enseignants interrogés font face à de multiples défis et suggèrent plusieurs pistes pour y répondre : formations, groupes de travail, mentorat…
La question de la manière dont la gouvernance pourra prendre en compte ces besoins est cruciale. D’ailleurs, le rapport rédigé sur base de cette recherche a souligné la nécessité de renforcer le pôle de formation continue des enseignants de notre université pour renforcer les formations et l’accompagnement proposé.
Il est essentiel de reconnaître l’accompagnement des enseignants comme un processus relationnel et continu, fondamental pour leur développement professionnel et pour l’amélioration de l’enseignement supérieur. L’intégration du numérique ouvre de nouvelles perspectives, tandis que la reconnaissance institutionnelle et la formalisation des pratiques d’accompagnement constituent des enjeux majeurs pour l’avenir.